Ce qui se chante à la messe, et qui décide
Cinq à sept chants par célébration, choisis dans la semaine par une personne, dans un répertoire édité et soumis au droit d'auteur. C'est le seul poste de la messe où il y a un véritable choix, et le seul qui coûte de l'argent.

Calendrier et liturgie · Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire)
Dans cet article
- La liste des moments chantés
- Deux catégories qu'il faut distinguer
- Qui choisit
- Le répertoire, et d'où il vient
- Le point que personne ne mentionne : le droit d'auteur
- Ce qui coûte
- Ce qui se passe quand il n'y a personne
- Ce qu'on peut observer
- La question du droit, en pratique
- Ce qui est dans le domaine public
- L'animateur de chant
- Le ralentissement, phénomène universel
- Ce qu'on peut observer sans rien connaître
- Une dernière remarque
Une messe dominicale ordinaire comporte entre cinq et sept moments chantés. Ce n'est pas énorme, et pourtant c'est ce qui demande le plus de préparation.
La liste des moments chantés
Le chant d'entrée, pendant la procession initiale.
Le Kyrie, dans les rites d'ouverture.
Le Gloria, les dimanches hors Avent et Carême.
Le psaume, avec son refrain.
L'acclamation à l'évangile, alléluia ou son remplacement en Carême.
Le chant d'offertoire, ou une pièce d'orgue.
Le Sanctus, dans la prière eucharistique.
L'anamnèse, acclamation qui suit le récit de l'institution.
L'Agnus Dei, à la fraction.
Le chant de communion.
Le chant d'envoi, facultatif et souvent supprimé.
Tous ne sont pas chantés à toutes les messes. En semaine, il ne reste souvent que le Sanctus et l'Agnus Dei, quand il reste quelque chose.
Deux catégories qu'il faut distinguer
L'ordinaire désigne les parties dont le texte ne change pas : Kyrie, Gloria, Sanctus, Agnus Dei, et le Credo quand il est chanté. On les prend en général dans une même messe, c'est-à-dire un ensemble cohérent composé par un même auteur.
Le propre désigne les parties dont le texte change selon le jour : psaume, acclamation, et les chants d'entrée et de communion quand ils reprennent les antiennes prévues.
Dans l'usage paroissial français, l'ordinaire est stable sur de longues périodes et le propre change chaque semaine. C'est ce qui explique qu'une assemblée connaisse parfaitement le Sanctus et jamais le chant d'entrée.
Qui choisit
Rarement l'organiste, contrairement à ce qu'on imagine.
Le choix revient en général à une équipe liturgique, c'est-à-dire un petit groupe de paroissiens qui prépare la célébration dans la semaine, ou à la personne qui anime le chant, ou au célébrant.
L'organiste est prévenu, dans le meilleur des cas, quelques jours avant. Dans le cas courant, il reçoit la liste la veille. Dans le cas fréquent des remplacements, il la découvre vingt minutes avant en arrivant.
C'est une organisation qui fonctionne parce que le répertoire réellement employé est étroit : quelques dizaines de chants couvrent l'essentiel des célébrations d'une paroisse sur une année.
Le répertoire, et d'où il vient
Le répertoire paroissial français actuel est très largement issu de la production postérieure au concile Vatican II, publiée par un petit nombre d'éditeurs spécialisés.
Il se compose de chants strophiques à refrain, de psaumes, de messes complètes, et de pièces liées à des communautés ou à des mouvements. S'y ajoutent des cantiques anciens, du grégorien, et des reprises d'autres traditions.
Les recueils paroissiaux, sous forme de carnets ou d'abonnements à une revue mensuelle, sont le support matériel de ce répertoire. Leur cote figure sur les feuilles de célébration et dans les affichages, ce qui donne un système de références partagé à l'échelle nationale.
Le point que personne ne mentionne : le droit d'auteur
C'est un aspect concret et il a des conséquences.
Les textes et les musiques du répertoire liturgique contemporain sont des œuvres protégées. Leur reproduction sur une feuille de célébration, leur projection, leur diffusion en ligne relèvent du droit d'auteur.
Il existe pour cela des dispositifs de licence collective auxquels les paroisses souscrivent, avec une déclaration des œuvres utilisées. Toutes les paroisses ne le font pas, et la photocopie de partitions reste une pratique répandue.
La traduction liturgique officielle des textes de la messe est également protégée. C'est pour cette raison que ce site ne reproduit aucun texte liturgique et se contente de décrire.
Le grégorien et les cantiques anciens, eux, sont dans le domaine public pour ce qui est des œuvres elles-mêmes ; une édition récente peut en revanche être protégée en tant qu'édition.
Ce qui coûte
Une paroisse qui chante paie plusieurs choses : l'abonnement au recueil mensuel, l'achat des carnets, la licence de reproduction, l'entretien de l'orgue, et parfois un cachet d'organiste ou d'animateur.
Ce sont des dépenses modestes à l'échelle d'un budget, et elles sont les premières supprimées quand le budget est serré. La suppression se voit immédiatement : les carnets datent de quinze ans, les feuilles sont photocopiées, et le répertoire cesse de se renouveler.
Ce qui se passe quand il n'y a personne
C'est la situation d'une part croissante des célébrations rurales.
Le chant a cappella, mené par une ou deux voix depuis l'assemblée. Cela fonctionne pour l'ordinaire connu, pas pour un chant nouveau.
L'enregistrement diffusé par la sonorisation. C'est employé, cela dépanne, et cela produit un résultat qui met mal à l'aise à peu près tout le monde.
Le récité. L'ordinaire est dit et non chanté. C'est prévu, c'est correct, et c'est ce qui se pratique de plus en plus en semaine.
Le silence, choix rare et souvent le meilleur.
Ce qu'on peut observer
Le nombre de chants effectivement chantés par rapport aux moments prévus.
La proportion de l'assemblée qui chante, qui varie fortement selon le moment : élevée au Sanctus, faible au chant d'entrée.
L'âge du répertoire employé, repérable à la cote des carnets.
La présence ou l'absence d'un animateur, personne debout devant l'assemblée qui donne les départs.
Ces éléments décrivent une organisation musicale. Ils ne disent rien de la ferveur de qui que ce soit, et ce n'est pas ce qu'ils cherchent à dire.
La question du droit, en pratique
Puisque c'est le point le plus concret pour une paroisse, autant détailler.
Reproduire les paroles d'un chant sur une feuille de célébration, les projeter sur un écran, les publier sur un site ou les diffuser dans un enregistrement sont des actes qui relèvent du droit d'auteur.
Des dispositifs de licence collective existent, gérés par des organismes dédiés au répertoire liturgique, auxquels les paroisses souscrivent moyennant une redevance annuelle calculée selon des critères.
La souscription s'accompagne d'une obligation de déclaration des œuvres utilisées, ce qui permet la répartition aux auteurs.
Toutes les paroisses ne souscrivent pas, et la photocopie de partitions reste répandue. C'est un sujet que les services diocésains rappellent périodiquement.
Ce qui est dans le domaine public
Une précision utile pour ceux qui veulent constituer un répertoire sans contrainte.
Le chant grégorien, dans ses mélodies traditionnelles, est ancien et libre. Une édition récente peut en revanche être protégée en tant qu'édition.
Les cantiques anciens, antérieurs aux durées de protection, sont libres.
Le psautier réformé du seizième siècle et les chorals luthériens anciens sont libres.
Les textes liturgiques latins anciens sont libres. Leur traduction française liturgique ne l'est pas.
Cette distinction entre l'œuvre et sa traduction est celle qui piège le plus souvent : un texte de mille cinq cents ans peut circuler librement en latin et être protégé en français.
L'animateur de chant
C'est une fonction que la réforme liturgique a créée et qui n'existait pas.
Il ou elle se tient debout, visible de l'assemblée, donne les départs, annonce les numéros, et soutient le chant.
C'est un rôle exigeant : il faut une voix qui porte, un sens du rythme, et la capacité de tenir une assemblée qui ne chante pas.
Dans les paroisses qui en ont un, la participation au chant est mesurablement supérieure. Dans celles qui n'en ont pas, l'orgue seul ne suffit pas à entraîner une assemblée peu nombreuse.
C'est, avec l'organiste, le poste dont la vacance se remarque le plus vite.
Le ralentissement, phénomène universel
Une observation technique qui explique un agacement partagé.
Dans un volume réverbérant, une assemblée chante sur ce qu'elle entend, c'est-à-dire sur le son retardé par la réverbération, et sur elle-même plutôt que sur l'orgue.
Le résultat est un ralentissement progressif, systématique, qui s'aggrave avec la taille du volume et la lenteur du tempo initial.
Les remèdes connus : partir un peu plus vite qu'on ne veut arriver, marquer les temps forts, éviter les tempos trop lents, et disposer d'un retour sonore à la tribune.
Cette dernière disposition est rarement installée, et c'est celle qui aiderait le plus.
Ce qu'on peut observer sans rien connaître
Combien de chants sont effectivement chantés par rapport aux moments prévus.
Quelle proportion de l'assemblée chante, très variable selon le moment.
La présence d'un animateur et d'un instrument.
L'âge des carnets, visible à la cote annoncée.
Ces observations décrivent des moyens et une organisation. Elles ne décrivent rien d'autre, et surtout pas la ferveur de qui que ce soit.
Une dernière remarque
Le chant liturgique paroissial repose sur des bénévoles dont le nombre diminue et sur un répertoire soumis au droit d'auteur. Ces deux contraintes expliquent l'essentiel de ce qu'on entend, bien plus que les préférences de qui que ce soit.