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Société

Catholiques et orthodoxes : mille ans de désaccord

Deux Églises qui se reconnaissent mutuellement des sacrements valides, qui ne communient pas ensemble, et dont les différences les plus visibles sont un mot dans un texte, un type de pain et une date de Pâques.

Portrait de Clémence Ravoisier

Par

Calendrier et liturgie · Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire)

8 octobre 2026 · 7 min de lecture · Sa page

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Étape 1 sur 2 — de quoi s’agit-il

Étape 2 sur 2 — le détail

Dans cet article
  1. Ce qu'on appelle orthodoxe
  2. La date de la séparation
  3. Le point doctrinal le plus commenté
  4. La question de la primauté
  5. Ce qui se voit dans une célébration
  6. Le pain, et les autres différences de pratique
  7. Le calendrier
  8. En France
  9. L'état du dialogue
  10. Où lire
  11. L'iconostase, et ce qu'elle organise
  12. Les icônes, statut et fabrication
  13. Les Églises orthodoxes en France
  14. Le calendrier, en détail
  15. Le jeûne
  16. L'état du dialogue, aujourd'hui

C'est la séparation la plus ancienne et la moins connue en France, où la présence orthodoxe est réelle mais minoritaire. Je décris des pratiques ; sur la théologie, je renvoie aux textes.

Ce qu'on appelle orthodoxe

Non pas une Église unique, mais une communion d'Églises autocéphales, c'est-à-dire ayant leur propre chef : patriarcats de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche, de Jérusalem, Églises de Russie, de Roumanie, de Grèce, de Serbie, de Bulgarie et d'autres.

Elles sont en communion entre elles et elles partagent la même foi et la même liturgie, avec des variantes de langue et d'usage.

Il faut les distinguer des Églises dites orientales anciennes, ou préchalcédoniennes, qui constituent un autre ensemble : coptes, arméniennes, syriaques, éthiopiennes.

La date de la séparation

L'année 1054 est traditionnellement retenue, avec les excommunications réciproques entre le légat du pape et le patriarche de Constantinople.

Les historiens la considèrent comme un épisode et non comme une rupture instantanée : la séparation s'est construite sur plusieurs siècles, avec des facteurs linguistiques, politiques et culturels autant que doctrinaux, et elle a été aggravée par la prise de Constantinople par les croisés en 1204.

Les excommunications de 1054 ont été levées en 1965, sans que cela rétablisse la communion.

Le point doctrinal le plus commenté

Il tient en un mot : Filioque.

Le symbole de Nicée-Constantinople, adopté au quatrième siècle, dit que l'Esprit procède du Père. La version latine a ajouté « et du Fils », en latin Filioque, apparu en Espagne au sixième siècle et adopté à Rome au onzième.

Les Églises orthodoxes n'ont pas reçu cet ajout et contestent qu'il ait pu être introduit unilatéralement dans un texte conciliaire.

C'est un mot dans un texte de trois cents, et il structure une part importante du dialogue théologique depuis mille ans.

La question de la primauté

L'Église catholique reconnaît au pape une primauté de juridiction sur l'ensemble de l'Église.

Les Églises orthodoxes reconnaissent au patriarche de Constantinople une primauté d'honneur, sans juridiction sur les autres Églises autocéphales.

C'est la différence d'organisation la plus structurante, et c'est celle sur laquelle le dialogue est le plus difficile.

Ce qui se voit dans une célébration

La liturgie orthodoxe ne s'appelle pas messe mais divine liturgie, le plus souvent celle de saint Jean Chrysostome.

Elle est plus longue, généralement entre une heure et demie et deux heures et demie.

Elle est entièrement chantée, sans instrument dans la tradition byzantine : le chant est a cappella, à une ou plusieurs voix.

L'assemblée est debout, il y a peu ou pas de sièges dans les églises de tradition byzantine.

L'iconostase sépare le sanctuaire de la nef : une cloison couverte d'icônes, percée de trois portes.

Les icônes occupent une place centrale, avec un statut théologique précis, et elles sont vénérées.

Le pain, et les autres différences de pratique

Le pain eucharistique est levé dans la tradition orthodoxe, azyme dans le rite latin. C'est une différence ancienne et elle a été un sujet de conflit.

La communion est donnée sous les deux espèces, avec une cuiller, y compris aux jeunes enfants.

La confirmation, appelée chrismation, est donnée immédiatement après le baptême, y compris aux nourrissons, et non à l'adolescence.

Le clergé : les prêtres orthodoxes peuvent être mariés s'ils l'étaient avant l'ordination ; les évêques sont choisis parmi les moines.

Le divorce et le remariage sont admis dans certaines conditions par les Églises orthodoxes, ce qui n'est pas le cas dans l'Église catholique.

Le calendrier

C'est la différence la plus visible pour le grand public : Pâques ne tombe pas à la même date.

La cause n'est pas le mode de calcul lui-même, qui reste celui du concile de Nicée, mais le calendrier civil de référence. Plusieurs Églises orthodoxes calculent Pâques sur le calendrier julien, décalé par rapport au grégorien.

Certaines Églises orthodoxes ont adopté le calendrier grégorien pour les fêtes fixes tout en conservant le julien pour Pâques, ce qui produit un système mixte.

Les deux dates coïncident certaines années et divergent d'une à cinq semaines les autres.

En France

Une présence orthodoxe existe depuis longtemps et elle s'est renforcée par les migrations successives du vingtième siècle.

Elle est organisée en juridictions rattachées à différents patriarcats, avec des paroisses dans les grandes villes et une coordination nationale.

Les liturgies y sont célébrées en français, en slavon, en grec, en roumain ou dans plusieurs langues alternées selon les paroisses.

L'état du dialogue

Une commission mixte internationale de dialogue théologique travaille depuis les années quatre-vingt et publie des documents.

Les rencontres entre le pape et des patriarches orthodoxes ont eu lieu à plusieurs reprises, avec des déclarations communes.

L'intercommunion n'est pas établie. Chaque Église a ses règles sur l'admission à la communion, et un catholique n'est pas admis à communier dans une église orthodoxe dans le cas général, ni l'inverse.

Où lire

Les documents de la commission mixte de dialogue théologique, publiés.

Les sites des juridictions orthodoxes en France pour l'organisation et les paroisses.

Sur l'histoire, les travaux universitaires sur le schisme, qui montrent tous à quel point la date de 1054 est une commodité de manuel.

L'iconostase, et ce qu'elle organise

Puisque c'est l'élément le plus visible d'une église orthodoxe, il vaut la peine de le décrire.

C'est une cloison couverte d'icônes qui sépare le sanctuaire, où se trouve l'autel, de la nef où se tient l'assemblée.

Elle est percée de trois portes : les portes royales au centre, et deux portes latérales dites diaconales.

Les icônes y sont disposées selon un ordre codifié : le Christ à droite des portes royales, la Mère de Dieu à gauche, puis le saint patron du lieu, puis des registres supérieurs selon la taille de la cloison.

Ce dispositif n'est pas un écran destiné à cacher : il est un lieu de présence, et les icônes y sont vénérées par les fidèles qui les embrassent en entrant.

Son ancêtre occidental est le jubé, traité à part sur ce site, qui a disparu d'Occident alors que l'iconostase s'est développée en Orient.

Les icônes, statut et fabrication

Elles ont un statut théologique précis, défini par le deuxième concile de Nicée en 787, qui a réglé la querelle des images.

Elles sont peintes selon des règles de composition transmises, sur bois, à l'œuf, avec des fonds d'or, et le peintre suit des modèles plutôt qu'il n'invente.

La signature est rare, et la formule employée traditionnellement indique que l'icône est écrite plutôt que peinte, ce qui traduit un vocabulaire propre.

En France, plusieurs ateliers d'iconographie existent, y compris dans des milieux catholiques, la pratique s'étant diffusée au vingtième siècle.

Les icônes anciennes présentes en France sont majoritairement dans des collections et dans des paroisses de communautés issues des migrations du vingtième siècle.

Les Églises orthodoxes en France

Elles sont organisées en juridictions rattachées à différents patriarcats, avec une coordination nationale.

Leur implantation suit l'histoire des migrations : russe après 1917, grecque, roumaine, serbe, bulgare, géorgienne, avec des vagues successives.

Les édifices sont de statuts variés : églises construites pour ce culte, souvent au vingtième siècle, chapelles aménagées dans des locaux, et églises catholiques mises à disposition par convention, situation fréquente.

Ce dernier cas est intéressant pour qui recense des édifices : une église catholique désaffectée ou peu utilisée peut accueillir régulièrement une communauté orthodoxe, avec un aménagement réversible.

Le calendrier, en détail

Puisque c'est la différence la plus visible, autant être précis.

Le calcul de la date de Pâques suit la même règle de Nicée dans les deux traditions.

La divergence vient du calendrier civil de référence : plusieurs Églises orthodoxes calculent sur le calendrier julien, qui a accumulé un décalage par rapport au grégorien.

Certaines Églises ont adopté le calendrier grégorien pour les fêtes fixes, dont Noël, tout en conservant le julien pour Pâques. D'autres sont restées entièrement au julien, ce qui décale Noël au 7 janvier grégorien.

Il existe donc, au sein même de l'orthodoxie, des situations différentes, et parler du calendrier orthodoxe au singulier est inexact.

Le jeûne

C'est une différence de pratique très marquée et elle est peu connue en France.

Les Églises orthodoxes ont conservé des périodes de jeûne longues et détaillées : le grand carême avant Pâques, mais aussi plusieurs autres périodes dans l'année, et des jours hebdomadaires.

Les règles portent sur les catégories d'aliments et elles sont plus étendues que ce qui subsiste dans la pratique catholique latine, où le jeûne et l'abstinence ont été considérablement allégés au vingtième siècle.

Cette différence est l'une des plus concrètes dans la vie quotidienne des fidèles, et elle est bien plus visible que les questions doctrinales.

L'état du dialogue, aujourd'hui

Une commission mixte internationale travaille depuis 1980 et publie des documents de convergence, notamment sur la primauté et la synodalité.

Des rencontres de haut niveau ont eu lieu, avec des déclarations communes.

La situation géopolitique récente a affecté les relations entre certaines Églises orthodoxes elles-mêmes, ce qui complique le dialogue avec Rome.

Les documents produits sont publics et ils sont techniques. Ils constituent la seule source sérieuse sur l'état réel de la question, loin des commentaires qui en sont faits.

Vérifier ce qui est resté sur la séparation

Quel mot ajouté au symbole de Nicée-Constantinople est au cœur de la controverse ?
Pourquoi Pâques ne tombe-t-il pas à la même date ?
Qu'est-ce que l'iconostase ?
L'année 1054 marque-t-elle une rupture instantanée ?

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