La confession, sacrement en chute libre
Un entretien de quelques minutes, un secret absolu en droit canonique et protégé en droit français, et une pratique qui s'est effondrée en deux générations sans que l'Église cesse de la recommander.

Calendrier et liturgie · Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire)
Dans cet article
- Comment ça se passe, concrètement
- Où ça se passe
- Ce qui est demandé
- Le secret, qui est absolu
- Ce que dit le droit français
- L'effondrement de la pratique
- Ce qui subsiste
- L'obligation, et ce qu'elle dit exactement
- Ce que ce n'est pas
- Ce qu'on peut observer dans une église
- Les célébrations pénitentielles
- Ce que le pénitent dit, et ce qu'il ne dit pas
- Le secret, en droit français, dans le détail
- Ce que l'Église a mis en place par ailleurs
- Ce que ce site ne fera pas
Le sacrement porte plusieurs noms selon les époques et les documents : pénitence, confession, réconciliation. Ce sont trois façons de désigner la même chose, avec trois accents différents.
Comment ça se passe, concrètement
On se présente. Soit à une heure annoncée, soit sur rendez-vous, soit en demandant à un prêtre.
On échange. L'entretien commence par un signe de croix, se poursuit par ce que la personne veut dire, et le prêtre peut poser des questions ou donner un conseil.
Une pénitence est proposée. C'est un geste ou une prière, généralement bref.
L'absolution est donnée, par une formule prononcée par le prêtre.
L'ensemble dure entre trois et vingt minutes selon les cas. Il n'y a pas de durée type.
Où ça se passe
Dans un confessionnal, meuble à trois compartiments avec une grille. C'est la formule ancienne, et le meuble est aujourd'hui inutilisé dans la majorité des églises françaises.
Dans une salle de réconciliation, local aménagé avec deux sièges et parfois une grille facultative, ce qui laisse le choix entre l'anonymat et le face-à-face.
Dans le chœur ou dans une chapelle, avec deux chaises, formule courante dans les paroisses qui n'ont pas de local.
Ailleurs : en promenade, dans une chambre d'hôpital, dans un bureau. Le sacrement n'exige pas de lieu particulier.
Ce qui est demandé
Trois éléments, dans le vocabulaire traditionnel.
La contrition, c'est-à-dire le regret.
La confession proprement dite, c'est-à-dire l'aveu.
La satisfaction, c'est-à-dire la pénitence acceptée.
L'absolution est l'acte du prêtre. Ces quatre termes structurent tous les documents sur le sujet et il vaut mieux les connaître pour les lire.
Le secret, qui est absolu
Rien n'est plus important ici, ni plus commenté.
Le droit canonique pose que le secret sacramentel est inviolable et qu'il est absolument interdit au confesseur de trahir en quoi que ce soit un pénitent, par parole ou d'une autre manière, et pour quelque cause que ce soit. La violation directe entraîne une sanction ecclésiastique de la gravité la plus élevée.
Il n'existe, dans le droit de l'Église, aucune exception à cette règle : ni pour un crime, ni pour une urgence, ni sur demande d'une autorité.
Ce que dit le droit français
Le droit français ne connaît pas le secret de la confession comme tel. Il connaît le secret professionnel, dont la violation est réprimée par le code pénal, et la jurisprudence a reconnu de longue date que les ministres du culte en sont dépositaires.
Le même code prévoit par ailleurs des obligations de signalement, notamment pour les privations et mauvais traitements infligés à des mineurs et à des personnes vulnérables, avec des dispositions qui articulent ces obligations et le secret professionnel.
L'articulation entre ces textes est un sujet juridique discuté, qui a fait l'objet de débats publics et de propositions de modification législative. Je ne suis pas juriste et je n'interprète pas ces textes : les références sont dans le code pénal et le code de droit canonique, et il faut les lire.
L'effondrement de la pratique
C'est un fait démographique et il est massif.
La confession régulière, encore courante dans les années cinquante, a chuté de façon spectaculaire à partir des années soixante. Les enquêtes sur la pratique religieuse publiées depuis mesurent une proportion de catholiques déclarant se confesser au moins une fois par an qui se compte en pourcentage à un chiffre.
Les causes avancées par les observateurs sont multiples et je ne les arbitrerai pas : évolution du rapport à la faute, disparition de l'obligation ressentie, raréfaction des prêtres, gêne devant le face-à-face.
Le fait, lui, est visible dans les bâtiments : les confessionnaux servent de placards.
Ce qui subsiste
Trois formes de pratique se maintiennent et elles ont chacune leur public.
Les célébrations pénitentielles collectives, en Avent et en Carême, avec confession individuelle possible ensuite. C'est le format qui rassemble le plus.
Les confessions dans les sanctuaires et les lieux de pèlerinage, où des prêtres sont disponibles en permanence et où l'anonymat est total. Le volume y est sans commune mesure avec celui des paroisses.
L'accompagnement spirituel régulier, distinct du sacrement mais souvent associé, pratiqué par une minorité engagée.
L'obligation, et ce qu'elle dit exactement
Le droit de l'Église prévoit une obligation de confession pour qui a conscience d'une faute grave, et une obligation annuelle pour les fidèles ayant atteint l'âge de discrétion.
Cette obligation annuelle est ancienne : elle remonte au quatrième concile du Latran, en 1215, qui a fixé la règle de la confession annuelle et de la communion pascale.
Elle est rappelée dans les documents actuels. Elle n'est manifestement plus suivie par la majorité des personnes qui se déclarent catholiques, ce que les enquêtes montrent et que l'Église elle-même constate.
Ce que ce n'est pas
Ce n'est pas une consultation psychologique, et les documents ecclésiaux le rappellent régulièrement, tout comme ils rappellent qu'un prêtre peut orienter vers un professionnel.
Ce n'est pas un interrogatoire : le pénitent dit ce qu'il veut dire, et le confesseur n'a pas à enquêter.
Ce n'est pas non plus réservé aux pratiquants réguliers. Les sanctuaires accueillent en nombre des personnes qui n'ont pas mis les pieds dans une église depuis des décennies.
Ce qu'on peut observer dans une église
Les horaires affichés. Une paroisse qui affiche des créneaux de confession a quelqu'un pour les tenir, ce qui n'est pas donné dans un secteur rural.
Le lieu. Confessionnal ancien, salle dédiée, ou rien. Cela renseigne sur l'organisation.
L'état du confessionnal. Housse, chaises empilées devant, matériel à l'intérieur : le meuble n'est plus utilisé, ce qui ne signifie pas que le sacrement ne l'est pas.
Ces observations sont factuelles. Elles décrivent une organisation, pas des consciences, et il n'y a rien à en conclure sur les personnes.
Les célébrations pénitentielles
Elles constituent aujourd'hui le format qui rassemble le plus et il vaut la peine de le décrire.
Une célébration pénitentielle comporte un temps de prière commune, des lectures, un examen guidé, puis la possibilité d'une confession individuelle auprès de plusieurs prêtres disponibles.
Elle est organisée en général en Avent et en Carême, à l'échelle d'une paroisse ou d'un doyenné, et elle mobilise plusieurs prêtres du secteur.
Elle a l'avantage de créer un cadre collectif qui lève une partie de la gêne, et de mutualiser la disponibilité des confesseurs.
Il faut la distinguer de l'absolution collective sans confession individuelle, qui est un dispositif exceptionnel, strictement encadré par le droit et réservé à des cas de nécessité grave.
Ce que le pénitent dit, et ce qu'il ne dit pas
Une précision qui rassure ceux qui hésitent.
Le pénitent dit ce qu'il souhaite dire. Le confesseur n'a pas à mener une enquête ni à demander des détails, et les documents le rappellent.
Il n'y a pas de formule obligatoire à connaître : le prêtre guide si nécessaire.
Il n'y a pas de durée minimale ni maximale.
Et il n'y a aucune obligation de donner son nom, ce qui est le principe même du confessionnal à grille et ce qui explique l'affluence dans les sanctuaires, où l'anonymat est total.
Le secret, en droit français, dans le détail
Puisque le sujet est régulièrement dans l'actualité, autant être précis.
Le code pénal réprime la révélation d'une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire par état ou par profession. La jurisprudence a de longue date reconnu que les ministres du culte en sont dépositaires.
Le même code prévoit des cas où la révélation n'est pas punissable, notamment l'information des autorités sur des privations et mauvais traitements infligés à des mineurs ou à des personnes vulnérables.
L'articulation entre ces dispositions et le secret sacramentel est un sujet juridique discuté, qui a fait l'objet de débats publics, de travaux parlementaires et de prises de position des autorités religieuses.
Je ne suis pas juriste et je n'interprète pas ces textes. J'indique qu'ils existent, qu'ils sont accessibles, et que le sujet est ouvert.
Ce que l'Église a mis en place par ailleurs
Il faut le mentionner parce que cela fait partie du tableau.
Les diocèses français ont mis en place des cellules d'écoute et de signalement pour les victimes de violences et d'abus, avec des coordonnées publiées.
Des dispositifs de reconnaissance et de réparation ont été créés à la suite des travaux menés sur ce sujet.
Ces dispositifs sont distincts du sacrement et ils ne relèvent pas du secret sacramentel : ce sont des procédures d'accueil et de traitement, avec des obligations propres.
Leurs coordonnées figurent sur les sites diocésains et elles sont accessibles à tous.
Ce que ce site ne fera pas
Il décrit un sacrement, son cadre juridique et son évolution statistique.
Il ne commente pas les débats en cours, il ne prend pas position sur l'articulation entre le secret et les obligations de signalement, et il ne se prononce sur aucune situation particulière.
Ce n'est pas de la prudence : c'est le périmètre d'un annuaire d'édifices religieux, et le franchir n'apporterait rien à personne.
Vérifier ce qui est resté sur la confession
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