Le sacrement des malades, qui ne s'appelle plus l'extrême-onction
Un changement de nom décidé au concile Vatican II, qui a aussi changé le moment : on ne le donne plus au dernier souffle mais au début d'une maladie grave. Le nom ancien reste dans toutes les mémoires.

Calendrier et liturgie · Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire)
Dans cet article
- Le changement de nom, et ce qu'il recouvre
- Qui peut le recevoir
- Qui peut le donner
- Comment ça se passe
- Le viatique, qui est autre chose
- Les célébrations collectives
- L'huile
- Ce qu'il faut faire quand on veut l'appeler
- Ce qu'il ne faut pas en attendre
- Le vocabulaire à connaître
- Ce qui a changé dans la pratique
- Les aumôneries d'établissement
- Ce qui se passe autour
- Ce qui n'est pas ce sacrement
- Une remarque sur le vocabulaire employé par les familles
- Une dernière remarque
Le sacrement consiste en une onction d'huile bénite sur le front et sur les mains, accompagnée d'une prière. Il est donné par un prêtre.
Le changement de nom, et ce qu'il recouvre
L'appellation ancienne était extrême-onction, c'est-à-dire dernière onction. Elle s'était imposée au Moyen Âge, en même temps que l'usage de réserver le sacrement à l'agonie.
La constitution sur la liturgie du concile Vatican II, en 1963, a indiqué que ce sacrement serait mieux nommé onction des malades, et qu'il n'est pas seulement le sacrement de ceux qui sont à l'extrémité de la vie. Le rituel publié en 1972 a mis en œuvre cette orientation.
Le nom actuel est donc sacrement des malades, ou onction des malades. Le nom ancien subsiste dans l'usage courant, dans la littérature, et dans la mémoire de plusieurs générations, ce qui produit un malentendu durable : beaucoup de familles croient encore qu'appeler un prêtre revient à annoncer une fin imminente.
Qui peut le recevoir
Les documents actuels prévoient qu'il est destiné aux fidèles dont la santé commence à être dangereusement atteinte par la maladie ou par la vieillesse.
Cela recouvre plusieurs situations : une maladie grave, une intervention chirurgicale importante, l'affaiblissement dû à l'âge avancé.
Il peut être reçu plusieurs fois : à chaque aggravation, ou lors d'une nouvelle maladie. Ce n'est pas un sacrement unique dans une vie, contrairement au baptême et à la confirmation.
Qui peut le donner
Seul un prêtre ou un évêque. Cela compte en pratique, parce que la contrainte de disponibilité est réelle.
Un diacre ne peut pas le donner, ni un laïc. Cela distingue l'onction de la communion aux malades, qui peut être portée par des laïcs mandatés, ce qui est très largement pratiqué.
Comment ça se passe
Le rite est bref.
Une salutation et une aspersion éventuelle.
Un temps de pénitence, avec la possibilité d'une confession si la personne le souhaite et le peut.
Une lecture brève de l'Écriture.
L'imposition des mains en silence.
La bénédiction de l'huile si elle n'a pas été bénie, ou une action de grâce sur l'huile bénite par l'évêque à la messe chrismale.
L'onction sur le front et sur les mains, avec la formule sacramentelle.
Une prière et le Notre Père.
L'ensemble prend une dizaine de minutes. Il peut être donné dans une chambre d'hôpital, à domicile, ou en église lors d'une célébration collective.
Le viatique, qui est autre chose
C'est une distinction que les familles ignorent presque toujours et qui a son importance.
Le viatique est la communion donnée à une personne en danger de mort. Le mot vient du latin et désigne ce qu'on emporte pour la route.
L'onction des malades est le sacrement décrit ci-dessus.
Les deux sont distincts et peuvent être donnés séparément ou ensemble. Quand une personne est en fin de vie, l'ensemble comprend en général la confession si elle est possible, l'onction, et le viatique.
Le viatique peut être porté par un laïc mandaté, l'onction non.
Les célébrations collectives
Depuis le rituel de 1972, l'onction est fréquemment donnée lors de célébrations communautaires, souvent une fois par an dans une paroisse ou un doyenné.
Ces célébrations rassemblent des personnes âgées ou malades, avec leurs proches. Elles sont annoncées, elles ont lieu en église, et elles ont contribué à déplacer la perception du sacrement.
C'est aujourd'hui, en volume, la principale façon dont il est reçu en France.
L'huile
L'huile des malades est l'une des trois huiles bénites par l'évêque lors de la messe chrismale, célébrée pendant la Semaine sainte dans chaque diocèse.
Les trois sont : l'huile des catéchumènes, l'huile des malades, et le saint chrême, qui est parfumé et sert au baptême, à la confirmation et à l'ordination.
Elles sont ensuite distribuées aux paroisses et conservées dans des ampoules, souvent dans une armoire du chœur ou de la sacristie appelée armoire aux saintes huiles. C'est un petit meuble qu'on remarque rarement et qui est parfois ancien.
Ce qu'il faut faire quand on veut l'appeler
Le contact est la paroisse ou l'aumônerie de l'établissement de santé.
Les établissements hospitaliers et les maisons de retraite disposent d'aumôneries dont les coordonnées sont affichées, et le personnel soignant sait généralement qui appeler.
En dehors des heures ouvrables, la disponibilité dépend entièrement du nombre de prêtres du secteur. Dans une paroisse rurale regroupant trente clochers avec un prêtre, le délai n'est pas nul, et c'est un fait dont les familles doivent avoir conscience plutôt que de le découvrir.
Ce qu'il ne faut pas en attendre
Le sacrement n'est pas un traitement médical et l'Église ne le présente pas comme tel. Les textes parlent de réconfort, de force, et de pardon des péchés lorsque la personne ne peut plus se confesser.
Il ne remplace ni les soins, ni l'accompagnement, ni les décisions médicales. Je décris un rite et son cadre ; sur ce qu'il apporte à ceux qui le reçoivent, je n'ai rien à dire qui vaille la peine d'être écrit.
Le vocabulaire à connaître
Onction : action d'oindre, c'est-à-dire d'appliquer de l'huile.
Chrismale : relative au chrême, l'huile parfumée.
Viatique : communion donnée en danger de mort.
Aumônerie : service d'accompagnement religieux dans un établissement.
Ministre extraordinaire de la communion : laïc mandaté pour porter la communion, formule qu'on lit dans les documents diocésains.
Ce qui a changé dans la pratique
L'effet du changement de nom et de moment est mesurable dans l'organisation des paroisses.
Les célébrations collectives annuelles, en paroisse ou en doyenné, rassemblent aujourd'hui l'essentiel des onctions données en France.
Les onctions individuelles à domicile ou en établissement subsistent et elles sont assurées par les prêtres du secteur ou par les aumôneries.
Les onctions en urgence, au dernier moment, existent toujours, et elles supposent une disponibilité qui n'est pas acquise dans un secteur à un prêtre.
Cette dernière situation est celle qui crée le plus de difficulté et de déception : une famille qui appelle la nuit dans un secteur rural n'obtient pas toujours une réponse immédiate.
Les diocèses organisent des astreintes dans les zones urbaines. Ailleurs, cela dépend.
Les aumôneries d'établissement
Elles constituent le dispositif principal et elles sont mal connues.
Les établissements de santé et les établissements médico-sociaux ont des aumôneries, dont l'existence est prévue par les textes relatifs à la liberté de culte des personnes hospitalisées.
Elles comprennent des aumôniers, salariés ou bénévoles, et des équipes de visiteurs.
Elles assurent les visites, la communion, l'accompagnement, et elles appellent un prêtre pour les sacrements qui le requièrent.
Leurs coordonnées sont affichées dans les établissements et le personnel soignant sait qui contacter. C'est le point d'entrée le plus efficace.
Ce qui se passe autour
Il faut le décrire, parce que les familles ne savent pas à quoi s'attendre.
L'onction se donne au chevet, avec les proches présents s'ils le souhaitent.
Elle dure une dizaine de minutes.
Elle peut être accompagnée d'une confession si la personne le souhaite et le peut, et de la communion.
Elle ne suppose aucune préparation matérielle particulière : le prêtre apporte l'huile et le nécessaire.
Elle peut être donnée à une personne inconsciente, la disposition intérieure étant présumée quand la personne l'aurait demandée si elle avait pu.
Ce qui n'est pas ce sacrement
Trois confusions à lever.
La bénédiction des malades, geste plus large, qui peut être donnée par un diacre ou par un laïc et qui n'est pas un sacrement.
La communion aux malades, portée régulièrement, qui est un autre acte.
Les prières de guérison pratiquées dans certains groupes, qui ne sont pas des sacrements et qui font l'objet de rappels de la part des autorités ecclésiastiques quant à leur encadrement.
Distinguer ces trois actes du sacrement lui-même évite des malentendus, y compris auprès du personnel soignant qui doit savoir qui appeler.
Une remarque sur le vocabulaire employé par les familles
Le nom ancien reste dans toutes les mémoires, et il produit un effet réel.
Une famille qui entend parler d'extrême-onction comprend que la fin est imminente. Une famille qui entend parler de sacrement des malades ne comprend pas nécessairement de quoi il s'agit.
Les aumôneries et les paroisses composent avec ce décalage, en expliquant.
C'est un cas où un changement de vocabulaire décidé il y a soixante ans n'a toujours pas été absorbé par l'usage courant, ce qui est fréquent et ce qui n'est pas propre au domaine religieux.
Une dernière remarque
Appeler tôt vaut mieux qu'appeler tard : le sacrement n'est plus réservé à l'agonie depuis soixante ans, et les familles l'ignorent encore.
Vérifier ce qui est resté sur ce sacrement
Aucune réponse n'est envoyée : la correction est calculée dans votre navigateur.
À lire ensuite
Sur le même axe éditorial.