La prière universelle, le seul moment écrit sur place
Quatre ou cinq intentions lues après le Credo, rédigées dans la semaine par quelqu'un de la paroisse. C'est la seule partie de la messe dont le texte n'est pas fixé, et c'est celle qui date le mieux une célébration.

Calendrier et liturgie · Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire)
Dans cet article
- Où elle se place
- Comment elle est construite
- Qui l'écrit
- Ce qu'on y entend
- Le refrain, et pourquoi il compte pour l'organiste
- Ce qui est encadré, et ce qui ne l'est pas
- Ce que ça donne aux mariages et aux obsèques
- Comment elle a été rétablie
- Ce qu'on peut en observer
- Ce que les livres prévoient
- Ce qu'il vaut mieux éviter
- Qui lit
- Le refrain, du point de vue de l'orgue
- Ce que ces textes deviennent
Depuis le banc de l'organiste, on voit tout, et on entend surtout ce qui change d'un dimanche à l'autre. La prière universelle est à peu près la seule chose dans ce cas.
Où elle se place
Elle vient à la fin de la liturgie de la parole, après les lectures, l'évangile, l'homélie et le Credo quand il est dit. Elle ferme cette première partie de la messe, avant la préparation des dons.
Sa place est stable et ne varie pas d'une paroisse à l'autre. Ce qui varie, c'est tout le reste : le nombre d'intentions, qui les lit, si elles sont chantées ou parlées, et ce qu'elles contiennent.
Comment elle est construite
La structure est la même partout et elle tient en trois pièces.
Une introduction, dite par le célébrant, qui invite à prier.
Les intentions, lues par une ou plusieurs personnes de l'assemblée, séparées par un refrain chanté ou par une formule dite par tous.
Une oraison de conclusion, dite par le célébrant.
Les intentions suivent un ordre traditionnel : l'Église, les responsables politiques et le monde, ceux qui souffrent, la communauté locale. Cet ordre va du plus large au plus proche, et il est suivi dans la majorité des paroisses sans que personne ne l'ait jamais formellement décidé localement.
Qui l'écrit
L'intérêt est là. Trois cas se rencontrent, souvent dans la même paroisse selon les semaines.
Le texte publié. Des revues liturgiques et des sites paroissiaux diffusent des propositions hebdomadaires, calées sur les lectures du dimanche. C'est la solution la plus employée, et elle explique qu'on entende parfois exactement les mêmes formules à trois cents kilomètres d'écart.
Le texte rédigé sur place, par une équipe liturgique, par un catéchiste, par la personne qui prépare la célébration. C'est là que la prière universelle devient un document local.
Le texte improvisé ou complété, avec une intention ajoutée à la dernière minute pour une situation précise.
Ces trois régimes se distinguent à l'oreille : le texte publié a une syntaxe régulière, le texte local a des noms propres et des faits.
Ce qu'on y entend
C'est le seul endroit de la messe où l'actualité entre. Les intentions locales mentionnent les défunts de la semaine, les baptisés, les malades, un événement communal, une catastrophe, une élection.
Cela fait de la prière universelle un document daté. Les feuilles de célébration conservées, quand elles le sont, constituent une chronique paroissiale semaine par semaine, et elles ne sont presque jamais archivées.
Elles finissent dans la corbeille du fond de l'église, ce qui est dommage : ce sont, avec l'affichage du porche, les seuls écrits produits chaque semaine par une paroisse rurale.
Le refrain, et pourquoi il compte pour l'organiste
Entre les intentions, l'assemblée répond. La réponse est soit parlée, soit chantée sur un refrain bref.
Quand elle est chantée, l'organiste doit donner le ton entre chaque intention, ce qui suppose de savoir combien il y en a. C'est une des rares informations qu'il faut demander avant de commencer, et c'est celle qu'on oublie de vous donner.
Un refrain de prière universelle est court, dans une tessiture accessible, et il se chante sans partition. Le répertoire employé est stable dans une paroisse pendant des années, et il change quand la personne qui l'a choisi s'arrête.
Ce qui est encadré, et ce qui ne l'est pas
La structure et l'ordre des intentions relèvent des livres liturgiques, qui donnent le cadre et des modèles. Les textes eux-mêmes sont laissés à la composition locale, et c'est l'intention même du dispositif.
Ce qui n'est pas prévu, en revanche, c'est que la prière universelle serve à autre chose qu'à prier : à faire une annonce, à commenter une décision, à prendre position. Les recommandations liturgiques le rappellent régulièrement, ce qui indique assez que le cas se présente.
Je ne suis pas théologienne et je ne dis pas ce qu'il faudrait y mettre. Je constate que c'est le seul moment ouvert de la célébration, et que ce qui est ouvert est utilisé.
Ce que ça donne aux mariages et aux obsèques
Dans les célébrations où une famille est associée à la préparation, la prière universelle est presque toujours le texte qu'on lui confie.
C'est logique : c'est la seule partie qui accepte un texte libre, et c'est la seule où l'on peut nommer des personnes. Les autres parties de la célébration ont leur texte.
Cela explique que des gens qui ne connaissent rien à la liturgie se retrouvent à écrire cette partie précise, généralement dans la semaine qui précède, avec un modèle transmis par la paroisse.
Comment elle a été rétablie
La prière universelle est une pratique ancienne, attestée dans la liturgie des premiers siècles, qui avait disparu de la messe romaine ordinaire, où il n'en restait qu'un vestige au Vendredi saint.
Elle a été rétablie par la réforme liturgique issue du concile Vatican II, à la suite de la constitution sur la liturgie de 1963. Le rétablissement est effectif dans les livres publiés à partir de la fin des années soixante.
Cela signifie qu'une personne née avant 1955 a connu des messes sans prière universelle, et que le dispositif, malgré son ancienneté théorique, a moins de soixante ans dans sa forme actuelle.
Ce qu'on peut en observer
Trois choses, sans être spécialiste.
Le nombre d'intentions : quatre est la norme, cinq ou six signalent un texte local qui a voulu tout couvrir.
La présence de noms propres : elle indique un texte écrit sur place cette semaine-là.
Le lecteur : quand c'est le célébrant qui lit les intentions lui-même, c'est en général qu'il n'y avait personne d'autre, et cela dit quelque chose de l'effectif de l'assemblée.
Aucune de ces observations n'est un jugement. Ce sont des indications sur l'organisation d'une paroisse, et elles se lisent en cinq minutes depuis n'importe quel banc.
Ce que les livres prévoient
Puisque c'est la partie la plus libre de la messe, il vaut la peine de dire ce qui l'encadre.
La présentation générale du missel romain décrit la prière universelle, appelée aussi prière des fidèles, et fixe l'ordre habituel des intentions : pour les besoins de l'Église, pour ceux qui gouvernent et pour le salut du monde, pour ceux qui souffrent, pour la communauté locale.
Elle précise que le célébrant dirige la prière depuis le siège, qu'il l'ouvre par une brève monition et la conclut par une oraison, et que les intentions sont proposées par un diacre, un chantre, un lecteur ou un fidèle.
Elle indique que les intentions doivent être sobres, formulées avec une liberté prudente, en peu de mots, et exprimer la prière de toute l'assemblée.
Cette dernière précision est celle qu'on lit le moins et qui est la plus utile à ceux qui rédigent.
Ce qu'il vaut mieux éviter
Les équipes liturgiques et les services diocésains publient des repères, et ils convergent.
Éviter les intentions qui enseignent plutôt qu'elles ne demandent.
Éviter celles qui prennent position sur un sujet controversé au nom de l'assemblée.
Éviter celles qui font une annonce déguisée en prière.
Éviter les listes trop longues, qui perdent l'assemblée.
Éviter de nommer des personnes vivantes sans leur accord, notamment des malades, ce qui pose une question de vie privée réelle.
La consigne est régulièrement rappelée, et régulièrement oubliée.
Qui lit
C'est une fonction ouverte et elle est un des rares endroits où l'assemblée prend la parole.
Les lecteurs sont en général des paroissiens, parfois des membres de l'équipe liturgique, parfois des enfants du catéchisme, parfois les proches lors d'un mariage ou d'obsèques.
La lecture se fait à l'ambon, avec le microphone, ce qui suppose de savoir s'en servir : la distance et le niveau sont les deux réglages que personne ne fait.
Une intention lue trop vite ou trop loin du micro n'est pas entendue, et c'est le défaut le plus fréquent de ce moment.
Le refrain, du point de vue de l'orgue
Il pose un problème de synchronisation que tout organiste connaît.
Le lecteur termine son intention, l'assemblée doit reprendre, et l'organiste doit donner le ton exactement au bon moment.
S'il donne trop tôt, il coupe la fin de l'intention. Trop tard, il laisse un silence.
Le repère employé est en général la formule finale de l'intention, qui est stable dans une paroisse. Un remplaçant qui ne la connaît pas se règle en écoutant la première intention et rattrape ensuite.
C'est un détail, et c'est exactement ce qui distingue une célébration qui coule d'une célébration qui hoquette.
Ce que ces textes deviennent
Ils sont imprimés sur une feuille, lus, et jetés.
Dans les paroisses qui archivent leurs feuilles de célébration, ils constituent une chronique hebdomadaire : les morts, les baptisés, les événements locaux, les préoccupations du moment.
Ces feuilles ne sont presque jamais versées aux archives diocésaines et elles ne sont conservées nulle part de façon systématique.
C'est, avec les cahiers de passage et les registres d'intentions, l'un des trois documents produits régulièrement par une paroisse et systématiquement perdus.