Le culte protestant, qui n'est pas une messe
Le mot messe n'est pas employé dans les Églises issues de la Réforme. On dit culte, et la structure de la célébration est différente : la prédication y occupe la place centrale.

Calendrier et liturgie · Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire)
Dans cet article
- Le mot juste
- La structure d'un culte
- La différence de centre de gravité
- La fréquence de la cène
- Le chant
- Le bâtiment
- En France
- Assister à un culte
- Ce qu'il faut éviter de dire
- Les traditions, une par une
- Les temples, comme catégorie architecturale
- Le régime juridique
- Le chant, encore, parce que c'est décisif
- Comment se renseigner
- Une dernière remarque
L'expression « messe protestante » se rencontre dans les recherches et dans la presse. Elle est inexacte, et la corriger n'est pas de la pédanterie : elle désigne mal ce qui se passe.
Le mot juste
Dans les Églises issues de la Réforme, la célébration dominicale s'appelle le culte.
L'eucharistie, quand elle est célébrée, s'appelle la cène ou la sainte cène.
Le bâtiment s'appelle en général un temple dans les traditions réformées françaises, une église dans les traditions luthériennes et évangéliques.
Le ministre s'appelle un pasteur, pas un prêtre.
La structure d'un culte
Elle varie selon les traditions et selon les paroisses. Le schéma le plus répandu dans les Églises luthériennes et réformées françaises comporte les éléments suivants.
L'accueil et l'invocation.
La louange, avec des cantiques chantés par l'assemblée.
La confession des péchés et l'annonce du pardon.
La lecture de la Bible, souvent plusieurs textes.
La prédication, qui est le cœur du culte et qui dure en général vingt à trente minutes.
La confession de foi, souvent le symbole des Apôtres.
Les prières d'intercession.
La sainte cène, quand elle est célébrée.
L'offrande.
L'envoi et la bénédiction.
Un culte dure généralement entre une heure et une heure et quart.
La différence de centre de gravité
C'est la clé de tout le reste.
Dans la messe catholique, la célébration culmine dans la liturgie eucharistique. La liturgie de la parole la précède et la prépare.
Dans le culte protestant, la prédication occupe la position centrale. Elle n'est pas un commentaire bref mais un développement construit sur un texte biblique.
Cela se lit dans l'architecture : la chaire est le meuble principal d'un temple, souvent en position centrale et surélevée, alors que dans une église catholique c'est l'autel qui occupe cette place.
La fréquence de la cène
Rien ne surprend davantage les catholiques.
L'eucharistie est célébrée à chaque messe catholique. La cène, dans beaucoup de paroisses réformées françaises, est célébrée une fois par mois, ou aux grandes fêtes, ou selon un rythme fixé localement.
Cette fréquence varie beaucoup selon les traditions : les luthériens la célèbrent en général plus fréquemment, certaines Églises évangéliques chaque semaine.
Le mode de distribution varie aussi : coupe commune, coupelles individuelles, intinction, avec ou sans déplacement de l'assemblée.
Le chant
C'est une différence pratique très nette et qui frappe tout organiste.
La tradition protestante a fait du chant d'assemblée un élément central dès le seizième siècle, avec le psautier réformé et les chorals luthériens.
Le taux de participation de l'assemblée au chant est en général supérieur à ce qu'on observe dans une messe catholique française, et les recueils sont utilisés systématiquement.
L'orgue y a une fonction d'accompagnement et de soutien plus qu'une fonction de commentaire, ce qui a produit un répertoire distinct.
Le bâtiment
Pas de tabernacle, puisqu'il n'y a pas de réserve eucharistique.
Pas de statues de saints, pas de chemin de croix, pas d'ex-voto.
Une table de communion, souvent simple, plutôt qu'un autel.
Une chaire en position dominante.
Des inscriptions bibliques peintes ou gravées, qui remplacent l'iconographie figurée dans beaucoup de temples.
Une sobriété décorative qui n'est pas une pauvreté : c'est un choix théologique ancien.
Les temples français, souvent construits au dix-neuvième siècle après la reconnaissance des cultes, présentent une architecture reconnaissable, généralement rectangulaire, sans orientation liturgique marquée.
En France
Le protestantisme français représente une minorité de la population, concentrée historiquement dans certaines régions : Cévennes, Alsace, Poitou, région parisienne, avec des évolutions récentes liées au développement des Églises évangéliques.
L'Église protestante unie de France regroupe les traditions luthérienne et réformée. La Fédération protestante de France rassemble un ensemble plus large d'Églises et d'œuvres.
En Alsace-Moselle, les cultes luthérien et réformé sont reconnus au titre du régime concordataire, avec les conséquences correspondantes.
Assister à un culte
C'est ouvert et cela ne demande aucune démarche. Les horaires sont publiés par les paroisses.
Un visiteur catholique y trouvera des repères : la structure générale, la confession de foi, le Notre Père. Il sera dérouté par la longueur de la prédication et par l'absence de gestuelle codifiée.
Sur la question de la communion, la règle varie selon les Églises. Les Églises protestantes françaises pratiquent en général une invitation ouverte à tous les baptisés, mais il vaut mieux se renseigner sur place plutôt que de supposer.
Ce qu'il faut éviter de dire
« La messe protestante », qui n'existe pas.
« L'église protestante » au singulier, qui agrège des traditions différentes.
« Le prêtre protestant », qui n'existe pas non plus.
Ces trois formules se rencontrent partout, y compris dans des publications sérieuses. Les corriger ne coûte rien et évite de décrire de travers.
Les traditions, une par une
Puisque « les protestants » ne veut rien dire, il vaut la peine de distinguer.
Les luthériens ont conservé une liturgie proche de la messe catholique dans sa structure, avec l'ordinaire, les couleurs liturgiques, et un calendrier. La cène est célébrée fréquemment.
Les réformés ont une liturgie plus sobre, centrée sur la prédication, avec une cène moins fréquente selon les paroisses. En France, luthériens et réformés sont regroupés dans l'Église protestante unie de France depuis 2013.
Les évangéliques constituent un ensemble très divers : baptistes, pentecôtistes, communautés indépendantes. Les cultes y sont souvent plus longs, avec une place importante de la louange musicale, et la cène célébrée à des rythmes variables.
Les Églises issues de l'immigration, africaines et asiatiques notamment, ont connu une croissance importante et constituent aujourd'hui une part significative du protestantisme français.
Ces ensembles n'ont ni la même liturgie, ni la même organisation, ni la même sociologie.
Les temples, comme catégorie architecturale
Ils constituent un patrimoine spécifique et peu étudié.
Après la révocation de l'édit de Nantes en 1685, les temples ont été démolis. Le culte protestant s'est exercé clandestinement, ce qu'on a appelé le Désert, sans édifice.
La reconstruction date de l'édit de tolérance de 1787, puis surtout du Concordat et des articles organiques de 1802, qui reconnaissent les cultes protestants.
La grande majorité des temples français date donc du dix-neuvième siècle. Ils présentent une architecture reconnaissable : plan rectangulaire, sobriété, façade souvent classique ou néoromane, inscription biblique en façade, absence d'orientation liturgique.
Ils sont rarement protégés et ils sont, dans les régions de déprise, confrontés aux mêmes difficultés que les églises catholiques rurales, avec une visibilité moindre.
Le régime juridique
Il n'est pas identique à celui des églises catholiques et il vaut la peine de le préciser.
Les temples construits avant 1905 et affectés au culte relèvent du même régime que les églises : propriété publique, affectation.
Ceux construits après 1905 appartiennent à des associations cultuelles.
Les associations cultuelles protestantes ont été constituées dès l'application de la loi de 1905, contrairement au culte catholique où la question a été résolue plus tard avec les associations diocésaines. Cette différence historique a des conséquences durables sur la propriété des édifices.
En Alsace-Moselle, les cultes luthérien et réformé sont reconnus au titre du régime concordataire, avec les conséquences correspondantes sur la rémunération des ministres et sur le statut des établissements.
Le chant, encore, parce que c'est décisif
Le psautier réformé, mis en vers français au seizième siècle et mis en musique, constitue l'un des corpus fondateurs du chant d'assemblée en langue vivante.
Les chorals luthériens, en langue vernaculaire, ont produit un répertoire considérable et ils sont à la source d'une part importante de la musique d'orgue et de la musique sacrée occidentale.
Ce patrimoine est dans le domaine public pour ce qui est des œuvres anciennes, et il est chanté aujourd'hui dans les paroisses protestantes comme, pour certaines pièces, dans les paroisses catholiques.
C'est un des rares domaines où le patrimoine confessionnel circule sans difficulté d'un culte à l'autre.
Comment se renseigner
Les paroisses publient leurs horaires. La Fédération protestante de France et l'Église protestante unie de France tiennent des annuaires en ligne.
Ce site ne publie aucun horaire, ni pour ce culte ni pour aucun autre, et son périmètre reste le catholicisme en France.
Les mentions faites ici le sont à titre de comparaison, parce que la comparaison éclaire ce qu'est une messe, et non parce que le sujet serait secondaire.
Une dernière remarque
Le protestantisme français est minoritaire et il est peu visible dans le paysage bâti, notamment parce que ses temples sont récents et sobres. Cela ne le rend pas moins présent, et cela rend son patrimoine plus fragile : moins protégé, moins identifié, et moins défendu quand il est menacé.
Vérifier ce qui est resté sur le culte
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